Est-il vraiment pertinent de faucher en juin pour redistribuer en juillet ?
Avec le changement climatique, les épisodes de sécheresse sont de plus en plus fréquents et marqués, même en Normandie. De nombreux éleveurs se retrouvent à affourager plus tôt, particulièrement lors du creux de pousse. Ainsi, pour sécuriser leurs systèmes, des éleveurs de notre réseau choisissent de prolonger le pâturage, en limitant les coûts et le travail, grâce aux stocks sur pied.
Le principe est simple : laisser l’herbe sur pied pour constituer un stock, en débrayant une prairie au printemps qu’on aurait habituellement fauchée, pour la faire pâturer plus tard, lors du creux de pousse estival.

A la clé
Retarder l’ouverture du silo, moins faucher en été et distribuer de fourrages, soit un gain de temps et une réduction des coûts
Pour étudier cette pratique, un financement Agence de l’Eau Seine Normandie, permet un suivi par le CIVAM de 8 fermes sur 3 ans (2024 - 2026), dont 4 en Haute Normandie.
Comme indiqué dans l’article du PANSE BÊTE n°38 – Novembre 2024, on constate que la pratique est très adaptable aux contextes et contraintes de l’exploitation et de la zone géographique. Nous avions détaillé deux profils :

Ici on se concentre sur le profil Haute Normandie.
En moyenne, chez les éleveurs suivis, 78 % de la hauteur d’herbe et 63 % de la biomasse sont consommées. Les vaches pâturent sans difficulté des herbes hautes, jusqu’à 50 cm en hauteur d’entrée (et bien plus haut en Basse Normandie sans souci sur le pâturage), à condition de les habituer à pâturer au fil.
L’entrée dans les stocks dépend avant tout des besoins du troupeau, lorsque la consommation dépasse la pousse d’herbe. Les éleveurs cherchent à laisser l’herbe pousser le plus longtemps possible, sans dépasser 60 jours pour préserver la valeur alimentaire. Les hauteurs peuvent atteindre 50 cm en moyenne pour les graminées, mais les trèfles peuvent monter plus haut.
L’intensité du pâturage varie selon les stratégies : la plupart visent un résiduel faible, afin de favoriser la repousse, tout en évitant de trop « faire gratter » pour ne pas pénaliser la production laitière. Le pâturage se fait au fil avant, il est avancé à chaque repas ou jour, pour valoriser au mieux l’herbe haute.


Les stocks sur pied sont riches en légumineuses, le trèfle violet résistant à la chaleur et au sec devient la ressource majoritaire, et permettant de maintenir une bonne valeur alimentaire à ces stades avancés.
Côté graminées, on retrouve du ray-grass, mais aussi des espèces plus résistantes à la sécheresse comme la fétuque élevée ou le dactyle. Dans les vieilles prairies, quelques espèces diverses s’installent (agrostis, porcelle, rumex…).
Au niveau des valeurs alimentaires, l’herbe consommée présente un bon équilibre entre les protéines et l’énergie. Les valeurs protéiques (MAT) et énergétiques (UFL) sont intéressantes, malgré le stade avancée et sont comparables à celles d’un foin ventilé de prairie multiespèce. La digestibilité est également équivalente, en raison du stade avancé de l’herbe.
Les ressentis des éleveurs
D’un point de vue économique, les stocks sur pieds permettent de gagner plusieurs semaines de pâturage à l’été, ce qui leur permet de faire l’économie sur le mécanique (fauchage et distribution, fuel) ou d’achats de concentrés. La production laitière se maintient, ou peut baisser au bout d’un temps, mais jamais à un niveau plus bas que lors d’un passage au foin.
La gestion des stocks sur pieds impose une certaine charge mentale, mais permet de lisser le pic de travail au moment de la période des foins, et évite la gestion des effluents. Un des éleveurs enquêtés estime gagner 150 heures de travail.
Tous les enquêtés sont satisfaits de la pratique, qui trouve bien sa place dans leurs systèmes, leur permet de passer moins de temps au tracteur ou au silo, et qui leur donne la satisfaction de voir leur bêtes dehors dans du vert durant l’été.
Et la suite ?
Le suivi des fermes se poursuit l’année prochaine, avec déjà quelques pistes d’approfondissement : lien valeurs alimentaires et temps de repos, estimation de l’économie réalisée, détailler plus les pratiques d’exploitation et de gestion des stocks…




