Être agricultrice…

Être agricultrice…

agricultriceLe 4 octobre 2019 à Vieillevigne (44), les CIVAM organisaient leurs rencontres nationales sur la place des femmes en agriculture et en milieu rural. Les échanges ont principalement porté sur la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle et sur les rôle et place des femmes pour un changement agricole et sociétal. Le 24 octobre dernier à Maniquerville, le Réseau des CIVAM normands organisait, quant à lui, une table ronde lors de l’édition 2019 des Fermes en débat, sur la place des femmes en agriculture. 5 témoins ont échangé avec le public, sur leur parcours, leur histoire et leurs expériences : en tant qu’agricultrice ou ancienne agricultrice.

L’essor de l’intérêt pour les questions de genre et de la place des femmes en agriculture et dans le milieu rural s’inscrit dans une dynamique sociétale plus générale, où ces questions sont de plus en plus prégnantes.

Les femmes sur les fermes : un rôle de plus en plus visible et reconnu

Dans l’histoire, les femmes ont toujours eu un rôle sur les fermes : les rôles et les tâches agricoles étaient répartis entre les hommes et les femmes. Les femmes fanent tandis que les hommes fauchent, et une réelle coopération se met en place lors des moissons ou des vendanges. Il est vrai que les femmes s’occupent des tâches domestiques et de la bonne tenue du foyer mais elles ne sont pas réduites à cela…

Avec la révolution industrielle et la mécanisation de l’agriculture, le besoin en main d’œuvre lors des travaux des champs est moins important. Même si elles s’occupaient déjà beaucoup de la basse-cour, elles vont de plus en plus orienter leur travail autour des animaux et de la transformation des produits agricoles, etc. L’idéal de la fermière « se rapproche donc de celui de la petite bourgeoise, centré sur l’éducation des enfants et l’entretien de la maison » selon Nadine Vivier historienne membre de l’Académie d’Agriculture de France. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la femme n’est pas reconnue, car elle n’est considérée que comme l’épouse du chef d’exploitation. L’agriculture se masculinise fortement et beaucoup d’épouses d’agriculteurs ont un travail à l’extérieur. L’absence de statut, l’interdiction jusqu’en 1985 pour deux conjoints de s’associer, ainsi que l’absence de congé maternité évincent les femmes des fermes. Ces dernières années, la reconnaissance des femmes, notamment par la voie légale et les évolutions législatives, va faciliter la visibilité des femmes dans le monde agricole. Ce changement suit aussi les changements sociétaux et sociologiques : l’enseignement agricole se féminise, des néo-rurales accèdent au monde agricole. Aujourd’hui, 27 % des chef.fe.s d’exploitation et 52 % des élèves de l’enseignement agricoles sont des femmes. Elles prennent de plus en plus leur place et sont donc de plus en plus visibles.

Frise Droits des femmes lq

La difficulté de la conciliation vie professionnelle, vie personnelle et vie familiale

Dans de nombreux échanges et notamment dans les témoignages des agricultrices locales, il est souvent revenu que la frontière entre la vie professionnelle et la vie familiale / personnelle est floue. En effet, la ferme est aussi souvent le lieu d’habitation, mais aussi le siège de l’exploitation. Cependant, cette porosité est soulignée comme un avantage par les femmes témoins et comme l’une des raisons leur faisant apprécier leur travail. Claire*, l’une des témoins soulignait qu’avant de s’associer avec son mari elle réalisait une triple journée : comme beaucoup d’épouses d’agriculteurs, elle travaillait à l’extérieur mais réalisait aussi des tâches sur la ferme, notamment la traite ; elle réalisait aussi une partie des tâches ménagères et s’occupait des enfants. La reconnaissance, de la part du mari et des enfants, pour des tâches parfois considérées comme connexes est rarement exprimée. Françoise  évoque le fait que son mari et ses enfants sont reconnaissants, qu’elle le sait mais qu’ils ne l’expriment pas. Elle a réalisé que ses missions sur la ferme - notamment la comptabilité et la gestion humaine de la ferme et de ses salariés - était aussi important que les travaux de production agricole. Ces tâches, qui ne sont pas directement agricoles, sont pourtant primordiales pour la bonne gestion de la ferme et sa bonne conduite…

La place des femmes dans le changement sur les fermes

L’ensemble des témoins a souligné l’importance d’avoir une partie de l’exploitation rien qu’à elles, qu’elles peuvent gérer de A à Z, souvent en lien avec un besoin de diversification de l’exploitation : pour Claire et Françoise, c’est un poulailler, pour Catherine la transformation et la commercialisation. Emmanuelle et Valérie, qui se sont installées seules, ont monté leur modèle et se sont investies dans des fermes diversifiées et durables. Elles ont pu rencontrer des difficultés pour être considérées comme cheffe d’exploitation… Emmanuelle étant nommée « Manu » dans le nom de son entreprise, régulièrement des personnes l’interrogent sur l’endroit où ils peuvent trouver le « patron ».

Beaucoup de femmes ne sont pas uniquement exécutantes, et au-delà du statut juridique qu’elles peuvent aujourd’hui avoir plus facilement, elles ont une grande influence sur la vie de la ferme. Cependant, elles peuvent parfois rencontrer des problématiques spécifiques, dans un milieu encore assez masculin. La question de la double voire triple journée, même si le partage des tâches est de plus en plus efficient dans les foyers, l’inadaptation du matériel agricole ou encore la sensation d’exclusion parfois ressentie sont des sujets souvent mis en lumière par les agricultrices et qui demeurent assez peu pris en compte.

Affaire à suivre !

Si cette thématique vous intéresse, n’hésitez pas à contacter Chloé ou Pauline.

* Les prénoms ont été modifiés