Thomas et Charlène Fourdinier sont agriculteurs à l’EARL Les Champs de Bray, à Avesnes-en-Bray (76). Ils ont repris avec les parents de Thomas, une ferme en 2015 hors cadre familial. Aujourd’hui ils gèrent 65 ha de prairies et 30 ha de cultures fourragères valorisées par 80 vaches laitières qui produisent quelques 600 000 L de lait et 30 vaches allaitantes. Les cultures de vente représentent environ 100 ha avec du blé, de l’orge, du colza, du lin et du pois.

Avec un niveau d’endettement élevé au démarrage et une volonté de gagner en autonomie sur la ferme, une des stratégies a été de rejoindre un groupe de travail DEPHY Pays de Bray en 2016 sur la réduction d’intrants, animé par Le Réseau des CIVAM normands.

ble« La philosophie de la ferme c’est d’être économe, autonome et de respecter l’environnement » résume Thomas, associé sur la ferme, et plus particulièrement responsable de l’atelier culture. « En culture, ce qui me motive, c’est l’aspect technique ». Thomas a commencé de changer les pratiques de la ferme après une déception en 2016, année où la récolte en blé atteignait 70 qx/ha avec un programme classique. En 2017, il décide de suivre une formation sur les fongicides, afin de mieux maîtriser ses interventions. Ça a été un point de départ : « Au début, j’ai mis du temps à changer. Je trouvais qu’on prenait des risques par rapport à ma conduite assurantielle. Il faut se dégager plus de temps d’observation ».

Il en est venu à réfléchir son itinéraire cultural pour viser la robustesse du système de culture : « maintenant c’est tout le système qu’on construit autour de la réduction et c’est plus rassurant ». L’un des principaux leviers est le choix variétal : « aujourd’hui on ne travaille plus qu’avec des variétés tolérantes maladies et verse. » Thomas s’appuie sur les résultats d’essais Arvalis* pour choisir ses variétés. « Nous avons aussi travaillé sur l’efficience de l’azote et donc les conditions d’apport » souligne-t-il, « on ne fertilise jamais en journée, mais plutôt le soir ou la nuit, avec une pluie prévue derrière ou juste après pour profiter d’un sol encore humide ». Thomas a mis d’autres leviers en place pour avoir un système plus résilient : « On a toujours la même exigence en terme de salissement, mais on va le gérer avec des prairies temporaires, de la luzerne, l’alternance de labour-non labour, des faux semis et des semis retardés ».

« Il faut sortir du tracteur et des impressions, sinon on a peur »

Thomas aime à décider sur des critères objectifs. Il passe du temps à compter dans ses parcelles et à utiliser des grilles de notations pour les seuils d’intervention au fur et à mesure de la campagne (densité du blé en sortie hiver, feuilles touchées par les maladies, quantité de pluie...). « Il faut sortir du tracteur et des impressions, sinon on a peur » constate-t-il. « Avec le groupe cultures, ce que je recherche c’est d’échanger avec des gens qui ont le même esprit, qui veulent réduire aussi, ça permet de se rassurer. Si on a un problème spécifique on peut en discuter, on s’apporte du conseil les uns-les autres ».

Avec les réflexions du groupe et les changements sur sa ferme, Thomas a pu améliorer sa marge blé entre 2016 et 2019, avec une diminution des charges opérationnelles et de mécanisation. « Dans notre groupe de travail, nous traduisons ces chiffres en quintaux d’avance : en 2018, avant la moisson, la ferme qui avait le plus de charges dans le groupe devait produire 12 quintaux de plus que nous pour dégager la même marge. Nous avions donc 12 quintaux d’avance »

Ces gains économiques pour l’agriculteur s’accompagnent aussi d’une diminution de l’impact environnemental. Entre 2016 et 2018, le blé est passé d’un IFT (Indice de Fréquence de Traitement) hors traitement de semence de 4,76 à 2,93, et le colza de 8,86 à 2,25.

IFT fourdinier 2019

conduite du ble fourdinier

Aujourd’hui, Thomas et Charlène ont décidé de continuer sur cette lancée en préparant un passage en agriculture biologique dès le printemps 2020. L’une des motivations est la rémunération des efforts. « Pour l’instant, le travail est assez peu valorisé par le prix de vente, remarque Thomas, on s’y retrouve bien en blé, mais c’est moins vrai pour les autres cultures ». La ferme s’oriente aussi de plus en plus vers la diversification et la vente directe. Attachés aux échanges autour des pratiques économes et autonomes, ils ont choisi d’intégrer le projet Reine Mathilde, qui vise à développer la filière lait bio en Normandie, afin de mener des essais en cultures et en lait et de pouvoir sensibiliser d’autres agriculteurs du territoire.

 

* Comparaison des rendements sur une même variété traitée ou non.