...Quelques réflexions sur les fermes herbagères normandes

Cyril et Christine sont installés dans le bocage virois (Calvados), sur une ferme herbagère de 80 hectares en polyculture-polyélevage. Avec 15 ha de cultures et 65 de prairies, ils y élèvent des vaches allaitantes (65 à 70 UGB), des brebis allaitantes (15 à 20 UGB) et des poules pondeuses de race rustique (Marans)

Leurs objectifs :

  • adapter le système pour répondre au souhait de vendre les produits en vente directe : avoir un animal prêt pour la vente chaque semaine
  • produire des aliments de qualité
  • être autonome au niveau des fourrages et avoir une marge de sécurité pour ses stocks pour pouvoir être serein
  • pouvoir embaucher pour arriver à se libérer.


Après une deuxième année de sécheresse qui a touché son système, il revient sur ce qu’il a mis en place et les projets futurs.

« Cette année a été l’année la plus dure depuis dix ans. On n’avait jamais affouragé si vite et autant : je suis passé en régime hiver début septembre et la pluie est arrivée un peu tard pour assurer la pousse de l’herbe et nous permettre de prolonger le pâturage d'automne. l’objectif maintenant sera de baisser le chargement et d’être vigilant sur le sur-pâturage. Après la sécheresse de 2018, je pensais pouvoir me rattraper cette année mais c’est compliqué de gérer le système fourrager sans eau.

Pour compenser, j’ai semé pour la deuxième année de suite des dérobées entre deux céréales. Elles redonnent un peu de fourrage. Comme les moissons sont plus précoces, j’ai semé du colza fourrager qui s’implante pour des coûts modestes et est moins exigeant en eau. L'année passée, sur 7 ha, j’ai pu faire pâturer 25 vaches pendant 15 jours et 15 UGB brebis pendant un mois.
Je cultive également un méteil riche en légumineuses, qui s'intercale en fin de rotation (car peu exigeant). C’est un mélange vesce-pois-triticale et un peu d’avoine que je sème en automne et que je récolte fin mai. C'est une culture qui est moins sensible à la sécheresse compte tenu de son cycle végétatif, et assure une production fourragère intéressante (7 TMS/ha en 2018 et 10 TMS/ha en 2019). Reste toutefois à être vigilant à la date de récolte pour garantir la qualité.

J’aimerais la maintenir pour sécuriser les stocks, voire la développer. C’est quelque chose d’intéressant dans un système avec rotations. En tous les cas, je préfère être autonome en fourrages plutôt que d’avoir plus de culture.

J’ai aussi commencé à décharger, en échographiant les vaches pour identifier lesquelles n’étaient pas pleines.

Pour l’année prochaine, je vais augmenter la part d’herbe dans mes surfaces pour sécuriser un peu. Je vais passer 3 hectares de cultures en prairies. J’aime bien avoir 30 % du stock de l’année en sécurité pour être moins fragile face aux aléas climatiques.

Actuellement, mes stocks sont : du foin, de l’enrubannage d'herbe et de méteil. J’ai deux types de fourrages, un qui est plutôt riche pour les animaux en production et en engraissement, et un plus pauvre qui est pour les animaux à l'entretien. J’ajuste en fonction des besoins et de l’année. »