Evolution de l’application de la réglementation Bio : accès extérieur pour les jeunes animaux (bovin, caprin, ovin)

“Il faudra garantir un accès extérieur aux veaux de plus d’une semaine en élevage bio, mais comment?” Une interrogation qui revient régulièrement lors des journées d’échange. En effet, à partir du 1er janvier 2021, l’application de la réglementation évolue, obligeant à apporter aux jeunes animaux un espace extérieur. Voici quelques réflexions d’éleveurs du Réseau des CIVAM normands autour des aménagements à mettre en place.


En quoi consiste cette évolution ? Qui est concerné ?
Dès l’année prochaine, tous les jeunes animaux (bovins, ovins, caprins...) devront pouvoir avoir accès à l’extérieur lorsque les conditions climatiques le permettent.


En élevage bovin laitier, cela signifie qu’en hiver, lorsque les vaches ne sortent pas, l’obligation de sortir les jeunes animaux ne s’applique pas. Mais dès que le temps le permet, les animaux devront avoir la possibilité de sortir à l’extérieur (absence de toit). Aucune date précise n’a été établie à ce jour puisque cela est laissé à l’appréciation des différents organismes certificateurs, et variera également selon les régions. Cependant les agriculteurs ayant déjà eu leur contrôle nous ont fait remonter l’information d’une obligation d’accès à l’extérieur de mars à octobre en Basse Normandie. Le sol peut-être en terre battue, en herbe, bétonné (mais attention, il faut pouvoir une récupération des jus) ou encore en caillebotis (sur maximum 50% de la surface dans ce dernier cas). Les surfaces minimales de l’aire extérieure dépendent du type d’animal, de son poids et donc par extension de son âge (voir tableau ci-dessous, extrait du JO de l’UE du 31/03/2020 relatif aux conditions de production en agriculture biologique).

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Plusieurs solutions sont possibles pour répondre à cette réglementation : installer des niches à veaux collectives avec un parc extérieur, investir dans un « igloo » collectif mobile avec parc , donner un accès extérieur attenant à la nurserie, élever les veaux sous vaches nourrices en pâture ou encore faire pâturer les veaux.

Le choix se portera en fonction de la structure de l’exploitation et des possibilités d’aménagement. En effet, si l’on dispose de suffisamment de surfaces proches de la nurserie ou d’un petit bâtiment, l’espace extérieur peut-être aménagé en ajoutant des clôtures. Si les prairies proches de la ferme ne sont pas suffisantes, on peut envisager l’élevage des veaux avec des vaches nourrices ou les élever en pâture.

En toute logique, les élevages caprins et ovins biologiques sont aussi concernés par cette réglementation. L’aire extérieure doit être d’au moins 0,5m²/animal dès que les conditions météos permettent la sortie des animaux (voir tableau ci-dessous). Pour répondre à cette réglementation, une adaptation de la période de mise-bas (pour ne pas avoir de jeunes animaux en période de sortie) ou la création d’un espace d’exercice extérieur proche du bâtiment sont possibles.

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Comment les éleveurs normands s’adaptent ?
Jean François Guillot (groupe ADAC) a opté pour l’élevage en système d’igloo collectif il y a déjà 5 ans. Ce n’était pas par soucis réglementaire à l’époque que les veaux ont bénéficié de ce nouveau logis, mais pour raisons sanitaires récurrentes. Cet investissement s’avère encore aujourd’hui très utile pour Jean François car d’une part il a rétabli de bonnes conditions de vie pour ses veaux, et d’autre part cela lui permet d’être déjà aux normes de la nouvelle réglementation. En effet l’igloo comporte une partie abritée pour les veaux, et un parc attenant, le tout en collectif et mobile !

Aujourd’hui l’igloo se situe au milieu de la cour de ferme de Jean François. Zone centrale de la ferme, cela permet de surveiller ses veaux d’un coup d’œil à chaque passage et facilite le travail d’acheminement du lait pour les buvées depuis la laiterie attenante. Pour une superficie d’abris de 4m de diamètre et une cour de 5m de diamètre, l’igloo peut accueillir une dizaine de veaux tout au long de l’année. Sa conception hémisphérique présente l’avantage de constamment renouveler l’air de la zone de couchage. L’ouverture principale sert d’entrée d’air, et les tubes ou fenêtres d’échappement permettent à l’air chaud de s’évacuer sans créer de courant d’air néfaste.

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D’autre part, quand le vent souffle sur l’Igloo de l’extérieur, il provoque une aspiration de l’air vers le sommet, d’où une ventilation encore améliorée. Pour ces raisons préférez l’ouverture côté sud est. Ce mécanisme peut cependant être limité en période estivale, lorsqu’il n’y a aucun vent. Les matériaux de construction utilisés évitent que l’igloo ne chauffe trop l’été et permettent de garder suffisamment de chaleur l’hiver.

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Source : SAS Leroux, abris pour veaux - igloo (voir)


Ce type d’aménagement bénéficie généralement d’une toiture pour abriter tout ou partie l’aire d’exercice extérieur. Cela a l’avantage d’abriter la personne qui soigne les veaux des intempéries et de maintenir les bacs d’alimentation des veaux au sec. Pour le paillage, Jean François dépose une couche de copeaux de bois d’environ 5 à 10 cm afin d’absorber le maximum d’effluents et ajoute au-dessus la même épaisseur de paille. Cela permet de garder les veaux propres, isolés du sol et de ne curer l’igloo qu’une fois par mois. Le déplacement de l’igloo pour curer est facilité par un crochet central qui permet à un chargeur frontal qui le soulever. Si l’igloo est sur une zone bétonnée, il est normalement nécessaire de pouvoir récupérer les jus. L’ensemble peut également être disposé directement sur une zone enherbée et être déplacé à chaque curage, ainsi les veaux restent dans un endroit propre et sans accumulation de germes entre chaque lot.
En termes d’investissement, cela a couté environ 7000€ à Jean François. On trouve des modèles moins chers sur le marché mais il estime l’avoir bien amorti grâce aux gains en terme de conditions sanitaires, frais vétérinaires, conditions de travail et suivi du troupeau. Il trouve que ses veaux sont bien dans cet espace. Il alerte cependant sur la fragilité de l’igloo, c’est un matériel à manier avec précaution pour éviter les fissures.

Autres façons de faire :

  • Alain Davy (groupe Rouvre et Ecophyto) a opté pour la disposition de cases individuelles côtes à côtes en 2x3 rang dans une petite prairie, donnant aux veaux l’accès à un grand parc collectif enherbé.
  • Pierre Pichard (groupe Rouvre) a opté pour la création d’une ouverture dans un des murs de sa nurserie, donnant accès par l’arrière à une zone enherbée.

 


Pour aller plus loin :

  • Article de Bio en Normandie sur l’élevage des jeunes bovins et sorties extérieures : lire l'article.
  • Journal officiel Union Européene : lire l'article.
  • Article de Produire Bio sur l’élevage des jeunes caprins en élevage biologique : lire l'article.