Panse Bête n°19

 

signature reseau des CIVAM normandsPanse Bête19Février 2018

Lettre d'information co-rédigée
par les Défis Ruraux et la FRCIVAM Basse-Normandie.
Informations techniques et témoignages sont au menu.

Bonne lecture !

En ce moment

 

Pensez à laisser vos prairies se reposer au moins deux mois entre le denier tour de pâturage et le déprimage qui approche à grands pas. Il est bien entendu possible de scinder son parcellaire en deux parties, l’une en repos de mi décembre à mi février par exemple, l’autre de fin décembre à fin février, pour gagner une quinzaine de jour de pâturage hivernal, voire plus.

Fin février - début mars, le déprimage approchera pour les vaches laitières. Le critère principal : la portance ! A cette époque de l’année, on ne regarde pas la hauteur d’entrée, et on peut pâturer même s’il y a très peu d’herbe sur pied. L’idée est de pâturer quelques heures par jour (2-3h au début), pour une transition alimentaire en douceur, nettoyer les parcelles de l’herbe d’hiver, donner de la lumière au trèfle, et créer un décalage de pousse entre les parcelles. Ce premier tour peut prendre près d’un mois. Une hauteur de sortie de 3-4 cm est idéale pour avoir un plateau de tallage bas pour la suite de la saison.


 


Nos éleveurs témoignent

L’hiver est là, le pâturage n’a pas encore démarré, c’est donc l’occasion d’aborder d’autres thématiques que l’herbe à travers les témoignages des éleveurs de nos deux structures.

 

 

♦ IMPLANTER DES HAIES AUTOUR DES PÂTURES

François HAMEL – Eleveur laitier - environ 50 vaches laitières – Bernières-le-Patry (14) – Bocage Virois

 

Francois HamelFrançois HAMEL s’est installé en élevage laitier en 1998. Il a orienté son système vers plus de pâturage. Progressivement, il a implanté des haies autour des paddocks de pâturage. « J’ai observé que les feuilles volaient à 25 mètres de part et d’autres de la haie, ce qui fait de l’amendement. Donc j’ai fait des couloirs de 50 mètres, ce qui correspond bien à la taille des paddocks journaliers (50*100m) ». Avec des grands couloirs en longueur, cela facilite aussi la fauche (voir plan).
« De 8 km de haies sur 80 ha, je suis passé à 11 km »

Implantation de haies :

  • à plat
  • 1 plant tous les mètres
  • En rupture de pente
  • Orientation NE-SO
  • Paillage copeaux de bois

Parcellaire Francois hamelEspèces implantées : Châtaignier, Coudrier, Charme, Erable champêtre, Hêtre, Châtaignier, Coudrier, Frêne, Charme, alternés avec des arbre de haut jet (Chêne/Hêtre/Merisier) + Bourdaines, amélanchier (en bourrage)

Le projet a été mis en oeuvre grâce au soutien technique de la commune de Valdallière qui a aussi pris en charge une partie du coût avec le Conseil départemental du Calvados (30% Valdallière, 70% Conseil Départemental)

Lire la fiche expérience du projet de François Hamel

ET POUR INFO : Appel à projet de la région Normandie "Plantation de haies et restauration du bocage normand à déposer avant le 1er mars.

 

 

♦ TRAVAILLER SUR LA SANTÉ ANIMALE DE SON TROUPEAU

Une éleveuse près de Bernay (27) - polyculteurs-éleveurs, environ 120 vaches laitières - Groupe Santé animale des Défis Ruraux

 

vaches laitieres« Depuis quelques années, je travaille sur la gestion de la santé de mon troupeau. Je m’appuie beaucoup sur le Bilan Sanitaire d’Elevage que nous faisons avec mon vétérinaire, pour identifier les problématiques importantes sur le troupeau. Au début, pour diminuer mes frais vétérinaires, je me suis formée à l’aromathérapie, puis dans un second temps à l’acupuncture, et j’échange au sein du groupe Santé Animale avec les autres éleveurs/ses. Et aujourd’hui, je me rends compte que je raisonne différemment la santé de mon troupeau, je cherche plus les causes du déclenchement de la pathologie.
Par exemple, j’avais pas mal de mammites, que je soignais en aromathérapie au début. Mais progressivement, j’ai remarqué que les vaches qui déclenchaient une mammite avaient eu des problèmes au vêlage ou de non délivrance. Du coup, avec mon mari, on a revu l’alimentation des vaches taries, et on a vu une grosse amélioration sur les vêlages (beaucoup moins d’interventions). Et les mammites ont fortement diminué ! Depuis, on a aussi beaucoup moins de problèmes de diarrhées ou pulmonaires sur les veaux. Pour les quelques malades qui restent, j’utilise de l’argile, toujours disponible en libre service, et des huiles essentielles. En novembre, sur des problèmes de toux, j’ai fait de l’acupuncture. Je ne sais pas si c’est psychologique, mais les veaux allaient mieux et ont guéri.
»

  

 

Réduire l’intervalle de traite pour améliorer sa qualité de vie ou embaucher ?


 La plupart des éleveurs laitiers respectent un intervalle de 10 à 11h entre deux traites, mais cet intervalle peut être réduit pour diminuer l’amplitude horaire de la journée. Contrairement à la monotraite qui entraîne une baisse de lait importante (-39% de production laitière par exemple par rapport à deux traites par jour, dans des essais de l’INRA de Clermont Ferrand), la réduction de l’intervalle entre les deux traites de la journée à 6h30 a peu d’impact sur le niveau de production laitière. Cela peut être une solution simple à mettre en place pour se dégager du temps en début ou fin de journée pour ses enfants ou ses loisirs, ou encore pouvoir embaucher plus facilement.

 

Garder des intervalles de traite supérieurs à 6h30

Plusieurs essais ont été conduits en ferme expérimentale sur la réduction de l’intervalle de traite.
De 2003 à 2006, l’INRA de Clermont Ferrand a comparé des intervalles de 11h, 5h et la monotraite. Pour les vaches en milieu/fin de lactation avec 5h d’intervalle de traite, la production laitière n’a diminué que de 5% par rapport aux lots témoin avec 11h d’intervalle. Cependant, pour les vaches en début de lactation, la baisse de production a été plus importante : - 10% de lait sur les 18 semaines d’essai, à partir du vêlage, lorsque l’intervalle de traite était de 5h. (essai réalisé sur des Prim’Holstein et des Montbéliardes, à environ 25 kg lait/VL/jour, ration hivernale ensilage de maïs, ensilage d’herbe, foin, concentré de production.)

En Bretagne, les résultats des essais 2015-2016 et 2016-2017 de la ferme expérimentale de Trévarez viennent tout juste d’être publiés (voir la vidéo). Deux intervalles de traite ont été comparés : l’un de 10h (traite à 7h et 17h), l’autre de 6h30 (traite à 9h et 15h30). Sur les douze semaines de production, les vaches en intervalle court ont produit 1 kg de lait en moins par vache et par jour avec 6h30 d’intervalle. (essai réalisé sur des Prim’Holstein, autour de 30kg/VL/jour en début d’essai, à 90-100 jours de lactation). Les auteurs de l’étude ont aussi remarqué que « la baisse de production observée était surtout importante en début d'essai et tendait à diminuer au fur et à mesure du déroulement de l'essai. » Les essais de Clermont ont aussi fait un constat similaire. « On peut donc se demander si l'écart de production constaté se serait maintenu si l'essai s'était poursuivi." soulignent les salariés de Trévarez. Des vaches qui produiraient un peu moins en début de lactation mais avec plus de persistance ?

Dans les deux essais, la composition moyenne du lait sur la journée n’a pas bougé, mais elle varie légèrement entre la traite du matin et la traite du soir : le taux butyreux (TB) est plus élevé à la traite du soir, ce qui peut être un inconvénient pour ceux qui transforment deux fois par jour. Si une partie du lait est distribué aux veaux, il faut veiller à diminuer les quantités, ou supprimer la buvée du soir. Aucune influence sur les cellules, l’ingestion ou l’état des animaux n’a été constatée.

 

Une mise en place simple

plantain

La modification des intervalles de traite peut être mise en place du jour au lendemain, et elle est réversible d’un jour à l’autre, sans pénaliser la suite de l’année. Les animaux se sont facilement adaptés et les techniciens des fermes expérimentales n’ont pas constaté de perte de lait pour les animaux avec un intervalle court en journée, et donc plus long la nuit. Il faut néanmoins veiller à avoir un bon état sanitaire des mamelles et des animaux ayant passé leur pic de lactation, pour éviter une baisse en lait trop importante. Enfin, la réduction des intervalles de traite est plus facile à mettre en œuvre lorsque les animaux sont en période hivernale, car il peut être plus difficile d’aller chercher les vaches à 15h au pâturage.


Autant de travail mais une journée plus courte ou organisée différemment

Globalement, cet aménagement de la traite ne diminue pas la quantité de travail, mais permet plus de souplesse d’organisation pour se libérer en fin de journée ou embaucher. Il n’a pas d’effet rémanent, et ne nécessite pas de modification du système d’élevage.

Certains d’entre vous réduisent les intervalles de traite sur une partie de l’année ? N’hésitez pas à nous faire remonter votre expérience !

 

Sources :
« Effets de faibles écarts de temps entre les deux traites de la journée sur la quantité de lait produite et sa composition, chez la vache laitière », B. Remond, D.Pomiès, et al., INRA de Clermont Ferrand, 2006
« Raccourcir l’intervalle de traite impacte peu la production », l’Eleveur Laitier, octobre 2017

 

 

 

Le plantain, une plante qui suscite de l’intérêt dans les pâtures ! Un nouvel allié pour plus d’autonomie ?


Cultivées dans l’hémisphère sud en particulier en Nouvelle Zélande, les variétés fourragères de plantain sont des espèces couramment utilisées pour l’engraissement de bovins ou ovins, mais aussi pour l’alimentation de vaches laitières. Là-bas, le plantain n’est pas considéré comme une adventice ou un marqueur d’une prairie en difficulté ! Ses propriétés de résistance à la sécheresse et sa valeur alimentaire en font une plante intéressante pour les éleveurs. Que penser de cette espèce fourragère ?

 

Des valeurs alimentaires intéressantes en association avec des légumineuses

plantain

Le plantain lancéolé (Plantago lanceolata L.) retrouvés parfois dans les anciennes prairies avec ses larges feuilles et son port dressé, est reconnu comme un espèce fourragère présentant une forte teneur en protéines pour l’alimentation des bovins en Nouvelle Zélande. Il est aujourd’hui à l’étude en France.

En plus de sa bonne appétence pour les animaux, il présente des valeurs alimentaires correctes au sein d’une prairie. En effet, la MAT obtenue dans des prairies contenant du plantain en association avec du ray-grass anglais/trèfle blanc est supérieure à celle obtenue dans des mélanges RGA/TB. Les rendements sont, par ailleurs, plus importants en mélange avec plantain que sans.

 

Travaux effectués dans le cadre d’un projet autour de l’autonomie alimentaire (Casdar Optialibio) en Bretagne et Anjou :

  • 1713 kg MAT/ha pour RGA/TB
  • 1922 kg MAT/ha pour RGA/TB/Plantain

action tannins sur proteinesUn des avantages du plantain est sa forte teneur en tannins. Des travaux à Lusignan montrent que la présence de tannins dans les plantes fourragères assure une meilleure valorisation des protéines avec l’effet « by-pass ». Les tannins présents dans le rumen agissent sur les protéines qui sont alors mieux assimilées dans l’intestin grêle que sans tannins.

 

Les tannins ont aussi des effets antiparasitaires, et des rôles antioxydants et anti-inflammatoire et semblent avoir des vertus médicinales potentiellement valorisables pour les animaux !

 

Quels modes de conduite ? Atouts et contraintes

A partir d’essais de semis de plantain fourrager menés en Bretagne dans un groupe d’éleveurs « agriculture écologiquement performante » en mélange prairial ou en sursemis, les doses conseillées varient de moins de 1kg par hectare (en mélange) à 2kg en sursemis. Il pousse bien en sol acide mais il faut éviter les semis sur des sols compactés. Les deux seules variétés commercialisées en France sont néo zélandaises : Ceres tonic et Hercules. La faible disponibilité des semences peut représenter un problème.

Le plantain a un démarrage précoce en début de printemps (en semis d’automne) et le pâturage dès la sortie d’hiver est possible. Il présente une bonne résistance à la sécheresse et peut permettre de combler le manque de fourrage en fin d’été. Sa pérennité est en moyenne de 3 ans. Dans les tests réalisés chez les agriculteurs du groupe, le plantain réagit bien au pâturage, il a une bonne persistance et une bonne résistance à la défoliation et au piétinement. Il est également cultivé en mélange avec de la luzerne pour de la fauche.

En revanche, la ferme expérimentale de Thorigné émet des réserves sur le rythme d’exploitation du plantain qui peut être plus rapide par rapport au reste des espèces prairiales. A confirmer selon les environnements. Il y a peu de recul sur la culture de plantain dans les prairies et des tests sont encore en cours de réalisation.

Insérer du plantain dans les mélanges pour des prairies de pâture voir de fauches sèches, présente des avantages dans les tests réalisés en Bretagne grâce à ses caractéristiques spécifiques. Essayer d’en insérer dans votre prochain mélange pourrait contribuer de manière intéressante à votre nouvelle prairie !

 

Sources : Julier et al, Effet des tannins condensés sur la solubilité des protéines de légumineuses fourragères. Source image : Julier, Légumineuses et agriculture durable

 

En bref !

A LIRE : un dossier technique spécial “Engraissement au pâturage”, réalisé avec des éleveurs de l'ADAPA à la FRCIVAM en Limousin.exclusivement).

Des témoignages illustrent les aspects techniques et économiques de cette pratique, les implications sur le travail des éleveurs et également sur les qualités nutritionnelles et organoleptiques des viandes produites de cette manière, éclairé par un regard de boucher.

 

 

Agenda


 

RENDEZ-VOUS PROPOSÉS PAR LES DÉFIS RURAUX

 

22 février, 12 avril et septembre
Formation “Aromathérapie” en pays de Bray. Plus d'infos

 

5 avril, 17 mai et 25 octobre

Formation “Aromathérapie” en Pays de Caux. Plus d'infos

 

 

RENDEZ-VOUS PROPOSÉS PAR LA FRCIVAM BASSE-NORMANDIE

 

12 et 13 mars (et 3e journée autour du 15 mars)
Formation en transformation fromagère et hygiène, à Briouze (Intervention de Patrick Anglade). Attestation GBPH remise en fin de formation. Plus d'infos


 

Retrouvez tous les anciens numéros du Panse Bête ici

 

LA PLUME EST À VOUS...

Vous souhaitez partager vos trucs et astuces ou vos observations de terrain autour de la thématique de l'élevage herbager, alors envoyez-nous vos écrits et photos, pour le prochain Panse Bête.

logo DRLes Défis Ruraux
Noémie Ballon et Céline Déprés
Animatrices systèmes herbagers aux Défis Ruraux
Tél : 02.32.70.43.18


 

FRCIVAM BNFRCIVAM Basse-Normandie
Clémentine Schmit, Alexandre Malinge et Damien Odienne
Animateurs systèmes herbagers à la FRCIVAM Basse-Normandie

Tél : 02.31.68.80.58

Crédits photos : R. Lemonnier, FR CIVAM Basse-Normandie, Défis Ruraux.
Region NORMANDIE webDRAAF

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