Panse Bête n°11

 

 

Panse Bête n°11

Voici la lettre d'information co-rédigée
par les Défis Ruraux et le GRABHN.
Informations techniques et témoignages sont au menu.

Bonne lecture !

 

Marjolaine Huguet & Joseph Duhamel, conseillers élevages au GRAB HN
Coralie Henke & Bertrand Farrié, animateurs systèmes herbagers aux Défis Ruraux

 
 

Nos éleveurs témoignent

 

♦ Nadège et Emmanuel SOENEN, éleveurs de 72 Montbéliardes (AB) au Bec-Thomas sur le plateau du Neubourg. Système polyculture-élevage avec 90 ares/accessibles au pâturage (témoignage du 09/12/2015).


Montbeliardes« Nos vaches sortent encore à l’herbe. Elles ont terminé les dérobées semées après moisson et sont encore dans les prairies pour bien raser l’herbe avant l’hiver. Elles sortent la journée et mangent du foin de luzerne à volonté pendant la nuit. En complément elles reçoivent 2 kg/VL/jour d’épeautre-féverole aplati. C’est moins acidogène que le triticale et plus riche en azote que le pois. Nous sommes en vêlages groupés au printemps, alors le troupeau est en fin de lactation. Par conséquent, la production est faible avec 8,5 litres/VL/jour. Mais les taux sont élevés avec 42.6 en matière grasse, 34.2 en TP et 280 000 cellules. On arrêtera de traire du 15 janvier au 15 mars, comme tous les ans. Sur la lactation, nos vaches produisent environ 4 500 litres de lait.»

 

Guillaume Lefrançois, éleveur de 60 VL Normandes – Montérolier (76) – Pays de Bray - Système de polyculture-élevage – 25 ares/VL (témoignage du 09/12/15)
Normandes« Au mois de septembre, le retour des pluies et les températures assez élevées ont permis une repousse de l’herbe assez spectaculaire. J’ai donc décidé de valoriser au mieux cette repousse pour soulager un peu les stocks qui avaient été en partie consommés pendant la sécheresse de l’été. Les vaches étaient nourries pour 2/3 avec de l’herbe pâturée et 1/3 d’enrubannage de bonne qualité (0.98 UFL/kg MS) ainsi que 2 kg de correcteur azoté et 3.5 kg d’orge. Les taux étaient bons (38 de TB et 43-44 de TP) mais le taux d’urée était un peu élevé (460 mg/L). J’ai réalisé une analyse des valeurs alimentaires de l’herbe qui était très riche en azote (182 g de PDIN et 129 de PDIE). J’ai donc décidé de réduire le correcteur azoté dans la ration à partir de mi-septembre. J’ai diminué 500 g par 500 g tous les trois jours en surveillant les résultats à chaque collecte du lait. Au bout de 15 jours, je suis arrivé à 0 correcteur azoté dans la ration. L’urée a diminué mais ni la production laitière ni les taux ! Les bonnes conditions climatiques m’ont permis de maintenir cette ration jusqu’au début du mois de novembre et ça s’est ressenti sur les coûts de production. Je suis passé de 109 €/1000 litres en septembre à 70 €/1000 litres en octobre, juste en économisant sur le correcteur azoté !
Aujourd’hui, mes vaches sont presque en ration hivernale mais mes résultats de l’automne m’ont convaincu de valoriser au maximum la repousse automnale ! En plus, avec les vaches au pâturage, je n’ai eu aucune mammite entre le 31 août et le 15 novembre. L’an prochain, j’essaierai peut-être d’améliorer encore mes performances en réduisant les concentrés énergétiques en plus du correcteur azoté.»

 

 

Faire du lait pas cher en hiver !

paturage hivernalEn production laitière, la ration d’hiver coûte cher car elle est constituée de fourrages conservés. En ration maïs, l’achat de correcteurs azotés augmente encore les dépenses. En ration herbe, les niveaux de production laitière sont faibles car les éleveurs économes font le choix de ne rien acheter.
Dans les deux cas, la situation n’est pas satisfaisante : soit on dépense beaucoup (ration maïs), soit on produit peu (ration herbe).
Faire du pâturage l’hiver permet de réduire les achats de correcteurs azotés et d’améliorer les rations d’hiver peu productives.

 

Valeur alimentaire 
de l’herbe d’hiver
UFL UFV PDIA PDIE PDIN
1,01 0,98 49 143 106

 

Le pâturage d’hiver est peu connu dans notre région. Pourtant, dans des bassins laitiers comme en Irlande ou en Nouvelle-Zélande, les vaches pâturent toute l’année. « Oui, mais on n’a pas le même climat et pas les mêmes sols en Normandie ». Et c’est bien vrai, cependant les techniques de gestion du pâturage développées dans ces pays peuvent nous aider à allonger la durée de pâturage pour faire des économies.


Le pâturage d’hiver ne s’improvise pas
Le pâturage d’hiver est conduit en pâturage tournant. Il commence à partir du 15 décembre. Seulement 1 passage par parcelle. Chaque parcelle devra pouvoir se reposer 2 mois. L’organisation du parcellaire est essentiel : des chemins efficaces et entretenus, deux accès par paddock pour limiter le piétinement, abreuvements éloignés des issues des parcelles. Une autre condition pour réussir le pâturage d’hiver c’est d’avoir plus de 25 ares/VL accessibles. Sinon, on risque le surpâturage.


Attention au pâturage lorsque le sol est gelé !
On ne pâture pas en période de gel, ou de gelée blanche. La blessure occasionnée sur la plante par le pâturage favorise l’évapotranspiration. En période de gel, cette perte d’eau ne peut pas être compensée par la plante car l’eau du sol n’est pas disponible. Trop solliciter la prairie à ce moment peut être préjudiciable pour sa régénération !


Surveiller la portance du sol
Evidemment, en période pluvieuse, les vaches ne sortiront pas. Néanmoins il faudra savoir être opportuniste pour les ressortir après quelques jours sans pluie. Pour évaluer le risque de matraquage du sol, il y a une méthode simple : en terre portante, la patte de la vache ne doit pas s’enfoncer plus que la longueur de vos doigts (environ 8 cm). En terre argileuse, c’est l’apparition d’un petit bourrelet de terre devant les onglons qui indique la limite à ne pas dépasser. Si on respecte ces seuils, le rendement de l’année suivante ne sera pas compromis. Les trous laissés par les pattes de vaches se combleront rapidement grâce à l’élasticité du sol et au pouvoir colonisateur des racines, des talles et des stolons de graminées et légumineuses.


Sortir peu, pour brouter vite et bien
Moins les vaches sortent longtemps dans la journée, plus elles augmentent leur vitesse d’ingestion au pâturage. Donc les sortir quelques heures par jour est largement suffisant pour qu’elles consomment quelques kilos de matière sèche d’herbe.
Même sur un gazon court, les quantités ingérées peuvent être importantes. Si on entre sur des parcelles à 5-6 cm de hauteur d’herbe, on peut espérer sortir à 3,5-4 cm. Soit 660 kg MS d’herbe par hectare (330 kg MS/cm d’herbe en prairie permanente), soit 6,6 kg MS/VL pour 100 vaches sur 1 ha.
Une herbe non-consommée gêne la repousse et le développement des légumineuses. Avec le pâturage hivernal, les vaches nettoient les parcelles en finissant les dernières petites touffes de refus. On observera un effet bénéfique au printemps. Par ailleurs cela permet de valoriser la pousse d’hiver : le 0 de végétation du RGA se situe entre 4°C à 7°C selon les variétés. Donc au-dessus de 4°C l’herbe pousse !


Une technique innovante aux multiples avantages

  • La pression exercée sur la flore augmente le tallage des graminées grâce au pâturage ras. Par la même occasion, cela donne de la lumière aux trèfles.
  • Dans la ration, l’herbe pâturée l’hiver diminue le besoin en correcteur azoté et améliore les rations peu productives.
  • Pour la santé, sortir les vaches la journée diminue la pression sanitaire dans le bâtiment.
  • Pour le bien-être animal, « faire prendre l’air aux vaches ne peut pas leur faire de mal », même si elles rechignent à sortir.

Concrètement, je fais comment ?
Si j’ai 15 paddocks, je laisse les vaches 4 jours par parcelle. C'est-à-dire 60 jours pour faire le tour de pâturage d’hiver : ce qui correspond aux 2 mois de repos par paddock. J’arrête de pâturer s’il pleut ou s’il gèle. Puis je reprends le pâturage tournant dans la parcelle ou j’ai stoppé.
Si j’ai 20 paddocks, je laisse les vaches 3 jours par parcelle. Si j’ai 30 paddocks, je laisse les vaches 2 jours par parcelles, etc.

La castration des bovins

 

boeufsLa castration des bovins s’effectue par des méthodes physiques : soit chirurgicalement par l’ablation des testicules, soit en détruisant les tissus par blocage de l’irrigation du sang. Cette intervention reste une mutilation qui provoque un traumatisme chez l’animal. Aussi la décision d’y avoir recours ne doit pas être prise à la légère. Si cela s’avère opportun dans le système en place, il faut alors la réaliser dans les meilleures conditions possibles pour limiter la souffrance de l’animal.


Des animaux plus calmes et mieux conformés…
La castration, pratiquée sur des veaux mâles pour en faire des bœufs, permet de réduire leur agressivité et d’augmenter leur docilité. Ils sont plus calmes, plus faciles à élever et à manipuler. De plus, les bœufs peuvent être placés sur les mêmes pâtures que les génisses.
Par ailleurs, comme les hormones mâles ne sont plus exprimées, la viande obtenue est de meilleure qualité : plus tendre et moins colorée. Les animaux ne présentent pas de caractères secondaires : développement du cou et des régions corporelles antérieures. Les masses musculaires sont mieux réparties, au profit des morceaux nobles, à l’inverse des taurillons. Cela évite que les carcasses soient déclassées.


… mais une croissance moins efficace.
En contrepartie, la castration provoque :

  • Une diminution du potentiel de croissance des animaux (GMQ)
  • Une augmentation de l’indice de consommation

L’élevage de bovins castrés est donc adapté pour des systèmes autonomes en aliment, où l’aliment produit coûte peu cher (herbe pâturée par exemple).

 

La castration en agriculture biologique
En agriculture biologique, la castration physique est autorisée et doit être réalisée sous anesthésie et/ou analgésie suffisante pour limiter au maximum la souffrance des animaux. Si ces conditions ne sont pas respectées, les animaux risquent d’être déclassés.

A chaque âge sa méthode

 

1. Les élastiques pour les veaux très jeunes
Age : Idéalement elle doit être réalisée dans les huit premiers jours de vie du veau. Et sinon à moins de 3 semaines.
Principe : Interruption de l’irrigation du sang vers les testicules. Ce blocage entraîne la mort des tissus, puis la chute des testicules.
Technique : Amener les deux testicules dans le scrotum. Placer l’anneau juste au-dessus des testicules et non à la base du scrotum. Vérifier que les deux testicules sont immobilisés à l’extrémité du scrotum et que l’anneau est bien placé. Dans le cas contraire recommencer. Couper le scrotum mort après 8 à 10 jours juste en dessous de l’élastique. Cela diminue la douleur, les inflammations et la formation de pus.
Douleur : L’anesthésie locale soulage presque entièrement la douleur. Ensuite utiliser un anti-inflammatoire pendant quelques jours.

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2. La castration à la pince entre un et deux mois
Age : Il est préférable d’effectuer la castration avec une pince vers un à deux mois.
Principe : Interrompre la circulation sanguine vers les testicules par écrasement des vaisseaux sanguins.
Technique : Localiser le cordon spermatique sur un côté du scrotum. Saisir le scrotum au-dessus des testicules entre les pattes arrière de l'animal. Pincer le cordon à l'extrémité extérieure du scrotum entre le pouce et l'index. Placer la pince de manière à permettre l'écrasement du cordon. L'une des mâchoires de la pince est munie de rebords à chaque extrémité afin d'empêcher le cordon spermatique de glisser hors de la pince. Ne placer que la section du scrotum qui contient le cordon spermatique entre les mâchoires de la pince. Les mâchoires de la pince devraient être placées juste au-dessus (1-1,5 cm) de l'extrémité supérieure du testicule. La pince doit rester en place au moins 2 minutes.
Douleur : Il faut pratiquer une anesthésie locale et administrer des anti-inflammatoires à l'animal pour éliminer la douleur.

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3. La castration chirurgicale pour les veaux plus âgés
Age : Il faut attendre que l’animal ait au moins 4 mois. Ensuite, il n’y a pas de limite d’âge.
Principe : La castration chirurgicale repose sur l’ablation des testicules après ouverture du scrotum et extériorisation des testicules.
Technique : Cette méthode est réservée au vétérinaire. Différentes techniques existent pour castrer chirurgicalement. La castration dite « au torchon » est la plus répandue en France. Le scrotum est incisé après nettoyage de la zone. Il peut être incisé horizontalement, de façon à retirer complètement le tiers inférieur du scrotum. On peut également inciser le scrotum verticalement, en regard de chaque testicule. Les deux incisions sont latérales à chaque testicule. Dans chaque cas, l’ouverture doit être assez large pour permettre la sortie des testicules.

  • Castration au torchon : Le torchon est serré autour du cordon spermatique et englobe le testicule. On effectue une torsion du cordon spermatique sans traction.
  • Castration à l’émasculateur : On utilise un émasculateur pour comprimer et sectionner simultanément les vaisseaux sanguins et le canal déférent contenu dans le cordon spermatique.

Douleur : Pratiquer une anesthésie locale et administrer des anti-inflammatoires. Cette méthode est recommandée du point de vue du bien-être animal. La douleur est limitée, en raison de l’absence de nécrose contrairement aux deux autres techniques.

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Avantages et inconvénients

 

  Avantages Inconvénients
Castration à l’élastique - Facile à mettre en œuvre
- L’éleveur peut le faire lui-même
- Pas de saignement
- Les blessures guérissent lentement
- Risque de rater un testicule
- Gains de poids plus faibles qu’avec la castration chirurgicale
Castration à la pince - L’éleveur peut le faire lui-même avec un peu d’expérience
- Pas d’incision donc pas d’infection
- Peu d’effet négatif sur le gain de poids
- Risque de nécrose du testicule si la pince est mal posée
- Intervention pas fiable si elle n’est pas réalisée correctement
Castration chirurgicale - Méthode la plus sûre car les testicules sont complètement supprimés - Méthode réservée au vétérinaire
- Risque d’infection à cause des saignements

 

Comment voir si mon animal souffre ?

Certains comportements indiquent que l’animal souffre :

  • Il secoue les membres arrière
  • Il frappe contre le ventre
  • Il est couché avec ses membres arrière tendus
  • Il est étendu de tout son long sur le côté
  • Il se tient debout avec le dos incurvé, bat de la queue, se lèche le ventre et les membres arrière
  • Il perd l’envie de boire et de manger

Sources

  • Cahier des charges de l’agriculture biologique
  • Fiche technique : La castration des veaux – Ministère de l’Agriculture de l’Ontario


Trucs et astuces

Chemins d'accès au pâturage la "technique Eric FAVRE"

 

Eric Favre, éleveur en Pays-de-la-Loire et spécialiste du pâturage tournant, propose une technique pour réaliser des chemins d’accès aux pâtures :

  1. Passer un coup de rotavator.
  2. Rouler avec une voiture pour bien tasser (ça tasse plus qu’un tracteur)
  3. Mettre une nappe géotextile.
  4. Recouvrir cette nappe de graviers de granulométrie 0 – 3.15 cm. Prévoir environ 4 cm d’épaisseur de graviers juste pour recouvrir la nappe. Mouiller les graviers avant de les étaler.
  5. Tasser à nouveau avec une voiture.

Le chemin doit faire maximum 4 m de large pour assurer une bonne circulation des animaux et éventuellement pouvoir passer avec un tracteur.
Attention : le chemin n’est pas stabilisé, il ne faudra pas passer souvent en tracteur et éviter de transporter des choses lourdes.
Repère : Pour réaliser 150 m de ce type de chemin, prévoir environ 25 tonnes de graviers (soit un semi).

 


Agenda

 

16 décembre
Formation "Gestion du parasitisme des bovins en système herbager" au Bec-Thomas (27) chez Emmanuel et Nadège SOENEN. Contact : Joseph ou Marjolaine

 

14 janvier et 11 février
Formation "Gestion du parasitisme des ovins en système herbager" Contact : Marjolaine

 

19 janvier
Formation "Efficacité de la ration hivernale en bovin lait" à Hautot-Saint-Sulpice, avec Marine Lemasson. Contact : Coralie

 

20 janvier
Formation "Construire son système allaitant herbager" à Cany-Barville, avec Eric Favre. Contact : Coralie

 

21 janvier
Formation "Organisation du pâturage des génisses" à Saint-Vaast-Dieppedalle (76) chez Mathieu Grenier. Contact : Joseph

 

25 janvier & 24 mai 2016
Formation "Aromathérapie en élevage laitier, niveau débutant" Contact : Coralie

 

26 janvier
Porte-ouverte "La filière lait bio, un marché à saisir" chez Edgar Dumortier à Saint-Vaast-du-Val (76) –  Contact : Joseph

 

16 et 17 février
Formation "santé alternative en élevage de volailles et de porc" Contact : Marjolaine

 

23 septembre
Formation "Perfectionner le pâturage des vaches laitières en bio" avec Eric Favre.

Renseignements : Joseph

 

Crédits photos : R. Lemonnier

 
 


 

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